La force mentale dans le sport : ce que la science nous dit vraiment

« T’as pas le mental. » « Sois fort mentalement. » On a tous déjà entendu ces phrases en compétition comme à l’entrainement. Pourtant, si tu devais définir précisément ce qu’est la force mentale, que répondrais tu ?

La plupart du temps, la réponse est floue. Et c’est normal, même dans le monde scientifique cette notion fait débat.


Un concept difficile à cerner

Depuis plus de vingt ans, les chercheurs débattent sur ce qu’est vraiment la force mentale. Les définitions sont multiples et souvent elles se contredisent. Certains la décrivent comme une capacité à faire mieux que ses adversaires, d’autres comme une forme de résilience face au stress. Le problème est que, quand une idée est floue, il est difficile de la mesurer et surtout de l’utiliser sur le terrain.

Gucciardi (2017) met en évidence cette problématique dans sa revue systématique qui réunit des recherches sur la force mentale publiées entre 2014 et 2016 : Malgré des centaines d’études, il existe encore des interrogations sur la définition, la mesure et l’utilisation de ce concept. Ce flou n’est donc pas uniquement un manque de connaissance du grand public, il est aussi présent dans la communauté scientifique.


Une définition clarifiée

Les recherches récentes permettent d’y voir plus clair. Gucciardi propose une définition actualisée : la force mentale est une ressource psychologique flexible, orientée vers des objectifs, qui permet de maintenir et d’améliorer ses performances malgré les défis et les situations de stress.

Trois points importants ressortent de cette définition :

Premièrement, la force mentale n’est pas un trait figé qu’on a ou qu’on a pas, c’est une ressource qui varie selon les situations et les contextes. Deuxièmement, elle s’applique à tous sportifs ayant un but et pas uniquement aux élites. Troisièmement, elle est orientée vers des objectifs personnels, ce qui signifie qu’elle se mesure par rapport à soi et pas uniquement par rapport aux autres.

La force mentale repose sur cinq ressources qui s’influencent mutuellement : la motivation, la confiance, la concentration, la gestion des émotions et le niveau d’énergie. Ces ressources fonctionnent de manière complémentaire : Travailler l’une, c’est agir sur toutes les autres.


son impact sur la performance sportive

La force mentale n’est pas juste une théorie, elle a des effets mesurables sur la performance. La revue de littérature de Cowden (2017), portant sur 19 études scientifiques, le montre : dans près de 78% des études analysées, les sportifs avec un niveau élevé de force mentale participent à des niveaux de compétition plus élevés, obtiennent de meilleurs résultats et performent plus régulièrement.

Prenons un exemple concret : Tu es en course que tu as bien préparé. Au km 20, tu vois des concurrents te dépasser un par un. Immédiatement, un mécanisme en cascade se déclenche : ta motivation chute (« à quoi ça sert ? »), la frustration et le découragement s’installent, ta confiance diminue (« je suis pas au niveau »), ta concentration se tourne vers le classement plutôt que vers ta course, et ton corps suit : tu ralentis.

Ce scénario, presque tous les coureurs l’ont vécu et il illustre parfaitement comment ces cinq ressources s’influencent mutuellement et comment elles impactent la performance.


et ça se travaille ?

C’est surement le point le plus important : la force mentale n’est pas innée, elle se construit. La méta-analyse de Stamatis et al. (2020), portant sur 10 études, montre que les programmes d’entraînement mental ont un effet significatif et large sur le développement de la force mentale. Les interventions basées uniquement sur l’entraînement physique ne suffisent pas à l’augmenter.

Les auteurs soulignent néanmoins que la recherche dans ce domaine doit être renforcer méthodologiquement : Les résultats sont encourageants, mais on ne sait pas encore avec certitude quelle méthode d’intervention est la plus efficace, pour quel type de sportif et sur quelle durée. Ce qui est certain, c’est que la force mentale ça se travaille.

Connaître ses propres mécanismes, comprendre ce qui te motive, ce qui te fait douter, comment tu réagis sous pression, … c’est déjà un bon début.


en conclusion

La force mentale, ce n’est pas juste « t’as le mental ou tu l’as pas ». C’est une ressource complexe, multidimensionnelle et surtout que tu peux développer !


références

Cowden, R.G. (2017). Mental toughness and success in sport: A review and prospect. The Open Sports Sciences Journal, 10, 1-14.

Gucciardi, D.F. (2017). Mental toughness: Progress and prospects. Current Opinion in Psychology, 16, 17-23.

Stamatis, A. et al. (2020). Developing and training mental toughness in sport: A systematic review and meta-analysis. BMJ Open Sport & Exercise Medicine, 6.

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